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Article Publication logo avril 3, 2022

Partie II : Un Gagne-pain Pour Beaucoup 

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A person holds a plastic blue basket of fruits. Two other people sit nearby.
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A Kinshasa, les feuilles de fumbwa sont tellement consommées. Leur commerce fait partie de la vie.  Ce commerce fait vivre bon nombre de familles gagne-petit comme cette dame que  nous rencontrons à son lieu de travail sur une rue de Kinshasa. A l’aide d’un géant couteau qu’elle aiguise à l’aide d’une lime après chaque usage, elle coupe le petit paquet de feuillage de fumbwa en fins morceaux. « J’ai appris à couper le fumbwa depuis toute petite, mais une fois mariée, après que mon mari ait eu de difficultés dans son boulot, j'ai décidé de commencer à vendre ce fumbwa pour aider ma famille depuis 2009 », nous confie-t-elle sans arrêter de découper son légume. La rareté de son produit l’inquiète car ça fait hausser les prix. « Ça devient de plus en plus rare, c’est pourquoi ils (les grossistes, ndlr) nous vendent de plus en plus des petits fagots. Le tout ici à 4000 Franc Congolais (FC) ou trois fagots à 2000 FC. », précise-t-elle en soulignant qu’elle ne gagne pas énormément.


Cueilleur des fruits sauvages à 7km axe Kisangani - Ubundu. Image pour Serge Sindani, 2022. 

Le rendement varie, mais si elle investit 22 mille FC plus 2 mille FC de transport, «  Dieu aidant, je peux avoir 15 mille FC de bénéfice.», nous confie-t-elle. Et cela pourvu que sa marchandise soit vendue le même jour.

Pour diminuer encore les marges de bénéfices, les grossistes font face à un autre genre de problème, tel que l’indique une d'elles, ce métier étant plus féminin,  rencontrée devant un dépôt : « Il n’y a pas de grand bénéfice. Les taxes deviennent de plus en plus chères et nombreuses, en plus du transport qui coûte cher. Ça ne vient que par avion.” Elle a 30 ans de carrière dans la vente de fumbwa. Ce métier lui a permis d’élever ses enfants jusqu'à en marier certains : «  Les soins de santé, les frais scolaires, tout vient de ce travail. J’ai même organisé les mariages de mes enfants grâce à ce travail. »

Une étude de l’exploitation et du marché des produits forestiers non ligneux à Kinshasa  réalisée par A. Biloso1 & J. Lejoly2 paru dans la revue TROPICULTURA en 2006 rapporte que le revenu bimensuel pour les légumes Gnetum africanum Welw était estimé à 275,0 $ et  le Pteridium centrali-africanum Hieron à 166,7$, pour  Dracaena camerooniana Baker à 75,5 $,  Dioscorea praehensilis à 71,0 $; Psophocarpus scandens  à 58,7 $.


Avec l'autorisation de Kis24.info.

C’est la même  chose pour la jeune vendeuse de Ngbako à Oicha ; elle réalise des recettes d’environ 50 milles francs congolais (25$) le jour sans préciser la part de bénéfice dans cette somme. Elle ne fait que ça de sa vie : «  Quand je quitte ici la mi-journée, c’est juste pour aller me laver et je reviens. Je suis ici de 5 heures du matin au soir tous les jours ». Comme gain, elle en vit et s’est même déjà acheté une moto qui fait le taxi. Pour une jeune fille d’une vingtaine d'années, c’est une bonne affaire.  Tel est également le cas de la vendeuse de Bunia, au marché central. Elle  fait aussi pas mal de recettes la journée en vendant ses noix, racines  et poudre : « J’en vends pour environ  50 mille francs par jour ». Et ce business ne se porte pas bien que dans la ville. Même ceux qui cherchent ces produits dans la brousse réalisent aussi relativement des bonnes recettes, comme le confirme notre hôte pygmée : « Ça dépend de la saison. Quand ce n'est pas la bonne période, je peux avoir juste un sac et à la bonne saison, plusieurs sacs et ça me rapporte beaucoup d’argent

Malheureusement, il arrive que pour une semaine de recherche, la récolte soit médiocre. C’est le cas de Junior, motard et cultivateur de profession, que nous croisons au marché de Mayangose (territoire de Beni en province du Nord-Kivu), venant déposer sa marchandise de magungu aux détaillants. Il ne revient en ville de Beni qu’avec une marchandise d’environ 20 mille francs. La cause : « Ils deviennent de plus en plus rares puisque détruits par la création des champs agricoles », déplorent-t-il.