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Article Publication logo mai 20, 2022

Résilience à la Déforestation: Le Cameroun Mise Sur Le Bambou

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man standing in a bamboo forest
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Le bambou peut servir comme un puits de carbone qui permet de régénérer les terres dégradées, en...

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Le produit forestier ligneux constitue la ressource la plus à même de lutter contre la déforestation qui, entre 2002 et 2020, a fait perdre au pays 48% de sa couverture forestière totale.

Le Cameroun a abrité du 20 au 22 avril 2022 le tout premier congrès africain du bambou et du rotin. L’évènement organisé en partenariat avec l’Organisation internationale pour le bambou et le rotin (INBAR) dont le Cameroun abrite le bureau régional pour l’Afrique centrale (depuis décembre 2019) permet au pays de tirer avantage de l’accord de Beijing relatif à la création d’INBAR. L’une des retombées est l’introduction de la ressource dans la lutte contre le changement climatique. Classé parmi les produits forestiers non-ligneux [même s’il possède des caractéristiques proches de celles du bois], le bambou est de plus en plus sollicité par les pouvoirs publics pour résoudre les défis environnementaux.


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La culture optimale du bambou peut permettre au Cameroun de réaliser les ODD 7 et 17. Image de Gibrile Kenfack Tsabdo. Cameroon, 2022.

Le choix porté sur le bambou part de sa capacité à absorber les gaz à effet de serre cinq fois plus qu’un arbre sur pied de volume équivalent. Les études scientifiques révèlent par ailleurs qu’une bambouseraie d’un hectare peut capter jusqu’à 60 tonnes de gaz carbonique (CO2) par an, en fonction de l’espèce et du type de culture. Ce qui correspond à une rétention de 30 fois plus importante que la culture d’autres plantes. Le recours au bambou est également salutaire pour lutter contre la déforestation, dans un contexte où, entre 2002 et 2020, le Cameroun a perdu 708 000 hectares de forêts primaires humides, soit 48% de sa couverture forestière totale au cours de la même période, selon Global Forest Watch.

Le sous-directeur de la biodiversité et de la biosécurité au ministère camerounais de l’Environnement, de la Protection de la nature et du Développement durable (Minepded), Angèle Wadou, revient sur la raison pour laquelle le Cameroun a intégré le bambou dans son dispositif de restauration des terres dégradées et sur l’enveloppe mise à disposition par le ministère en 2021 (45 millions de F.Cfa) pour restaurer les berges du fleuve Bénoué, entre autres.

Interview du sous-directeur de la biodiversité et de biosécurité au ministère camerounais de l’Environnement (MINEPDED):

Le bambou aide à réduire la profondeur des nappes.

Angèle Wadou est sous-directeur de la biodiversité et de la biosécurité au ministère camerounais de l’Environnement, de la Protection de la nature et du Développement durable (Minepded).

Pourquoi le Cameroun met un accent sur le bambou pour restaurer les terres dégradées?
Le bambou fait partie d’une série d’options pour régénérer rapidement les terres dégradées, réduire l’érosion des sols et fournir des avantages pour les moyens de subsistance. C’est une ressource à croissance plus rapide que les espèces forestières traditionnelles. Elle a une maturité rapide, une productivité élevée, régénère de manière naturelle et a la capacité à se développer sur des sols très improductifs en restaurant les zones dégradées. Le bambou aide également à réduire la profondeur des nappes, contribue aux revenus annuels des paysans et favorise le retour des espèces de faune. La ressource peut pousser sur des sols à faible fertilité, des terres en pente et nécessite moins d’entretien.

Quid de son poids économique ?
Sur le plan économique, la contribution du bambou est de plus en plus importante, au point de constituer toute une industrie. Le prix du bambou varie entre 300 et 1000 F.cfa (0,4 et 1,6 dollar). C’est de l’or vert. Quand on met un plant de bambou en terre, on peut se retrouver avec près de 60 tiges. Ce qui contribue à améliorer les revenus des populations et à lutter contre la pauvreté. De plus en plus, les gens s’intéressent à la production des bambous. Pour les parties du pays qui connaissent des problèmes de bois-énergie, le bambou (bois et charbon) est une alternative et contribue à la lutte contre l’exploitation illégale du bois. Ainsi, le bambou peut contribuer efficacement à l’engagement du Cameroun à restaurer plus de 12 millions (12 062 768) d’hectares de terres et paysages forestiers dégradés d’ici 2030, en lien avec la SND-30 (nouvelle boussole de développement mise en route par le Cameroun le 16 novembre 2020 ; Ndlr).

Quelles sont les zones du pays où le bambou est mis à contribution?
Le bambou est présent dans les dix régions du Cameroun. Le dernier inventaire qui a eu lieu au courant de cette année révèle une superficie de 1,215 milliard d’hectares de bambou sur le territoire national. Cette distribution varie selon les zones agro-écologiques : zone agro-écologique n°2 (37,13%), zone agro-écologique n°4 (24,93%), zone agro-écologique n°3 (19,85%), zone agro-écologique n°5 (18,03%) et zone agro-écologique n°1 (0,07%).

Quels sont les projets en cours menés avec les partenaires ainsi que les financements disponibles pour capitaliser cette ressource ?
Nous pouvons citer entre autres le projet pilote de restauration des berges du fleuve Bénoué, à travers l’utilisation des espèces de bambou sur la période 2018-2020. Les activités de ce projet financé par le budget de l’Etat sont mises en œuvre par les communes cibles à partir de l’année dernière. D’ailleurs, une enveloppe de 45 millions de F.cfa, soit 72 450 dollars, a été transférée en 2021 à quatre communes (Lagdo, Pitoa, Garoua 2 et Garoua 3) pour planter le bambou. Il y a aussi le projet d’appui à la restauration des paysages dégradés (projet TRI) par l’utilisation durable des espèces locales (bambou et autres produits forestiers non-ligneux) pour la conservation de la biodiversité, les moyens de subsistance durables et la réduction des émissions au Cameroun. Ce projet financé par le Fonds pour l’environnement mondial (FEM) avec l’agence de mise en œuvre (UICN) et l’agence d’exécution (INBAR) couvre les localités de Mbalmayo, Douala, Edéa, Bakossi-Bayambo et Waza. Il fait partie du programme « The Restauration Initiative » mis en œuvre dans 10 pays au niveau international. L’on peut ajouter le programme interafricain pour le renforcement des moyens de subsistance des petits exploitants de bambou, financé par le Fonds international de développement agricole (FIDA) et développé au Cameroun, au Ghana, à Madagascar et en Ethiopie.


Image de Gibrile Kenfack Tsabdo. Cameroon, 2022.