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Article Publication logo September 30, 2021

Ecogardiens du Parc national de Kahuzi-Biega

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Close up shot of gorilla in the forest.
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Les éco-gardes sont indissociables du parc national de Kahuzi-Biega. Sans eux, le parc ne serait pas...

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Film: Cintia Garai et Robert Carruba.

Un projet par Robert Carrubba et Cintia Garai / Wildlife Messengers. Photographie de Robert Carrubba.


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L’éco-garde Lébon Mabeka Kunafe de l’équipe d’intervention rapide est assis d’un air contemplatif sur la souche d’un arbre qui a été illégalement abattu lors de l’incident de déforestation de 2018 dans la zone de haute altitude du parc. Cette terre était autrefois une forêt tropicale primaire. Bukavu est visible en arrière-plan à environ 40 km.

Une vue du mont Biega, l’un des deux volcans éteints qui ont donné son nom au parc, vue depuis la zone au-dessus du siège de Tshivanga.

Le jeune et souvent espiègle gorille Deschryver, du nom du fondateur du parc.

Narration

Le Parc National de Kahuzi-Biega, situé dans la province du Sud-Kivu en République Démocratique du Congo, a été créé en 1970 et a été classé au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1980. Il est géré par l’Institut Congolais pour la Conservation de la Nature, ICCN, qui forme et emploie des éco-gardes pour veiller sur le parc. Ce film pose un regard sur les hommes et les femmes qui font de grands sacrifices pour protéger quelque chose que la plupart d’entre nous ne verra jamais, mais dont nous bénéficions tous.

De nombreuses espèces emblématiques et endémiques vivent ici, notamment le gorille des plaines de l’Est, également connu sous le nom de gorille de Grauer, qui est en danger critique d’extinction. En raison des déplacements de population humaine lors du génocide rwandais, de la première et de la seconde guerre du Congo de 1996 à 2003 suivies d’années d’instabilité civile, l’augmentation de la population humaine dans la région ayant engendré une perte d’habitats et une augmentation de la pression de chasse, le parc a été inscrit en 1997 sur la liste du patrimoine mondial “en péril”. On estimait alors que le gorille de Grauer était passé d’une population évaluée à 16 900 individus au milieu des années 1990 à seulement 3 800 individus en 2016. En fait, la situation semble légèrement meilleure : selon une estimation récente de la population, il subsisterait quelques 6 800 gorilles de Grauer. Le fait que cette estimation ait été revue à la hausse ne devrait cependant rien changer au statut de danger critique d’extinction de cette sous-espèce. Assurer la survie de ces gorilles est l’un des défis majeurs du travail complexe qu’accomplissent chaque jour les éco-gardes de l’ICCN.


Eco-garde Bakongo Lushombo Antoine écoute à distance les sons d’une famille de gorilles non habituée.

Bakongo Lushombo Antoine (Ecoguard)

"Ce que j’aime, c’est protéger mes gorilles comme il faut. J’aime protéger mes gorilles comme il faut. Parce que s’ils n’existaient pas, il n’y aurait pas de travail. Pas de travail. Si les choses peuvent s’améliorer ici, c’est grâce à ces gorilles."

Juvénal Munganga (Visitors Delegate and Tourist Guide)

"Les gorilles que nous avons au Kahuzi-Biega, comme c’est une (sous-) espèce totalement endémique, Il y a beaucoup de monde qui ont cette envie de venir voir cette espèce et cela nous a donné avraiment la valeur d’être en contact avec le monde extérieur."

Jean Paul Kamuteba (Ecoguard)

"Parfois un gorille s’énerve car il n’est pas encore habitué à la présence humaine, mais avec le temps il se fait à nous."


Patrick Musikami (à droite) s’entretient avec un membre de l’équipe de recherche pendant qu’ils enregistrent des données. Lambert Mongane (à gauche), guide chef, lit les coordonnées de l’observation.

Patrick Musikami (Chief of Research and Biomonitoring Program)

"Nous sommes obligés de suivre toutes les familles des gorilles. Nous devons assurer que toutes les familles sont en bonne santés. Et si un problème surgit chez un gorille nous sommes obligés d’organiser les descentes sur le terrain pour faire les intervention, mais aussi pour rapporter le cas pas normal."


Plus de 70 % du régime alimentaire des gorilles de Gauer se compose de feuilles, de tiges et d’écorce.

Une jeune femelle gorille regarde l’équipe de recherche.

Narration

Le Parc National de Kahuzi-Biega est le premier site où des gorilles furent habitués à la présence humaine pour le tourisme. Avant les guerres, le parc était un véritable paradis pour les touristes. L’habituation des gorilles pour le tourisme est un processus complexe, qui peut prendre jusqu’à 4 ans, et qui n’est pas sans danger pour les gorilles comme pour les éco-gardes. Hélas, de nombreux gorilles, dont tous les dos argentés habitués, ont été tués pendant les années de guerre car ils n’avaient pas peur des humains. Aujourd’hui, il ne reste plus que quelques familles de gorilles habituées au sein du parc, mais 14 familles non-habituées sont néanmoins suivies au quotidien pour assurer leur protection et collecter des données.


Les récents diplômés d’une université de Bukavu sont d’humeur festive après avoir rendu visite à une famille de gorilles de Grauer dans le parc.

Le Parc national de Kahuzi-Biega est un hotspot de biodiversité.

Patrick Musikami (Chief of Research and Biomonitoring Program)

"L’objectif du programme de recherche et biomonitoring est d’améliorer la gestion du parc sur base des résultats de recherche et biomonitoring. Donc, le programme de recherche et biomonitoring est comme l’oreiller du parc, les données que nous récoltons sur le terrain sont analysées afin d’orienter la gestion du parc." 


Jean-Claude Mapenzi Lukenko (à droite) assiste Michael Baraka (à gauche) de Primate Expertise à l’installation d’un piège camera. Des pièges cameras sont utilisés pour le suivi de la biodiversité.

Un piège camera installé dans la zone Tshibati du parc.

Jean-Baptiste Kadega Mwenza et d’autres éco-gardes réagissent avec surprise et inquiétude, alors qu’une branche légère d’un grand arbre craque sous le poids de Bonane, un gorille mâle au dos argenté.

Allophylus kivuensis.

Jean-Baptiste Kadega Mwenza (Ecoguard)

"C’est ce que mangent les gorilles en cette saison. Allophylus kivuensis est le nom scientifique de cette plante."


Mugaruka, un mâle solitaire au dos argenté, qui a perdu sa main droite à l’âge de quatre ans à cause d’un piège, regarde un groupe d’éco-gardes qui le surveillent.

Narration

Pendant leurs patrouilles, les éco-gardes, suivant un protocole strict, sécurisent la zone, collectent des données sur la faune et la flore, ainsi que sur les activités illégales. Ils détruisent les pièges qui peuvent gravement blesser les gorilles.  


Ce piège a été trouvé à 3 heures de profondeur dans le parc, dans une zone peuplée d’une grande famille de gorilles non habitués, et à environ 20 m de plusieurs jeunes gorilles.

Les jeunes gorilles sont souvent joueurs et curieux.

Bakongo Lushombo Antoine ouvre la voie à travers une zone dense et reculée du parc pour collecter des données sur une famille de gorilles non habituée.

Narration

L’ICCN étudie actuellement la possibilité d’habituer 1 ou 2 nouvelles familles de gorilles. Les éco-gardes doivent soigneusement choisir parmi les familles potentielles. Leur décision dépend de plusieurs facteurs, tels que la taille du groupe et sa composition, la facilité d’accès au domaine vital et le niveau de sécurité de la région.


Une gorille femelle semi-habitué au repos.

Innocent Mburanumwe (Assistant Site Director)

"Nous sommes exactement dans le nid de gorille.

Vous voyez que réellement c’est le chef qui a passé la nuit ici parce que c’est le seul chef qui a toujours le poil argente.

En voyons la crotte ici, le crotte est normal, c’est-à-dire qu’il y a une bonne santé dans cette famille. Pourquoi encore il faut contrôler les nids. C’est parce que nous voulons avoir l’exactitude du nombre. En voyant le nid, vous pouvez quelques fois rencontrer le sang, et quand vous voyez le sang, ça vous donne réellement une idée, qu’il y a eu une naissance dans une famille. Voilà l’importance de contrôler les nids.

On vient de trouver 16 nids, et hier ils ont compte 17. C’est-à-dire que cette une grande famille. Et il y a des nids ou ils ont observé des crottes de bébé, c’est-à-dire que dans cette famille il y a aussi des bébés. Ça donne réellement d’exactitude du nombre et la taille de la famille. Donc comme il y a 17 nids, on doit y avoir une vingtaine d’individus."


Les excréments de gorilles sont un indicateur important pour les éco-gardes pour le suivi de l’emplacement et la surveillance de la santé et des habitudes alimentaires des gorilles. Les graines dans la crotte peuvent être collectées et cultivées dans les semis pour replanter les zones déboisées du parc – une méthode utilisée par l’ONG congolaise Primate Expertise.

Lambert Mongane discute des changements de membres d’une famille de gorilles habitués. Suivre de nombreuses familles de gorilles permet aux écogardes de suivre l’histoire de vie des individus pendant des décennies.

Lambert Mongane (Chief Guide) 

"Il vous charge comme ça : wah wah wah. Et quand il vient brusquement, restez tranquille. C’est ça la technique, la méthode que notre pionnier Adrien Deschryver a utilisé ici au Kahuzi-Biega, c’est le même system que nous utilisons aussi pour l’habituation. 

Et de temps en temps, quand le male est en train de manger, vous manger aussi comme il mange. Il mange, il vous observe, prenez une liane, vous commencez à manger la feuille, comme lui aussi, il fait. Tout ça c’est pour montrer au male, que nous, nous sommes vos amis. Nous sommes venues juste vous accompagner dans votre biotope. Mais nous, on n’est pas venue pour vous agresser. 

Et au fur à mesure, le male, il va changer le stress, au fur à mesure, le male, il va réduire sa façon de charger. Si au départ, il chargeait a 25 mètres, il va commencer a vous charger a 20 mètres, après 15 mètres, et a 10 mètres, maintenant vous est des amis." 


La forme du nez du gorille est utilisée pour l’identification – il n’y a pas deux gorilles avec la même empreinte de nez. Cependant, cela peut changer avec le temps : la cicatrice distinctive sur le nez de Bonane résulte d’une dispute qu’il a eue avec un autre mâle pour des femelles. Les éco-gardes tiennent des registres détaillés des visages des gorilles.

Narration

Recueillir des données scientifiques et protéger la vie sauvage dans cette région reculée n’est pas chose facile. Mais il y a d’autres responsabilités, bien plus dangereuses et complexes, qui font partie du quotidien des éco-gardes.


Bulangalire Munganga Gédéon.

Bulangalire Munganga Gédéon (Ecoguard)

"C’est surtout la foret que nous protégeons, et cette foret la, est surtout menacée. Comme la forêt regorge des espèces qui sont surtout rare, et comme la forêt regorge de minerais comme l’or. Nous nous trouvons en face des groupes armés, des rebelles qui sont à la recherche surtout de gibiers, les ivoires. Et surtout les milices-là sont armés, c’est pour cette cause que vous trouverez les éco-gardes aussi armés pour pouvoir faire face à cette menace et à ces rebellions."


Mungana Matabaro (devant) et Fiston Masudi Mitima, photographiés au crépuscule, après une longue séance d’entraînement.

Narration

Ces menaces nécessitent une formation spécialisée afin que les éco-gardes puissent se protéger mutuellement et protéger le parc.

Bulangalire Munganga Gédéon (Ecoguard)

"Je pense que le monde est informé de tout ça. Toutes les guerres à partir de ‘94, le parc a subi des menaces, des espèces ont migré et tués, jusqu’aujourd’hui. Est-ce que le monde ne sais pas ce qui s’est passe ? Est-ce que la région n’est pas informé ? Est-ce que l’état ne sais pas ? Je pense que ma famille est aussi informée de toute cette situation, et elle pense que moi aussi je suis dans les risques de mourir. Et comme j’ai failli mourir ma famille n’était pas heureuse, elle a pleuré, mais moi je continue toujours à militer même si ma famille n’est pas d’accord avec moi, mais moi je milite pour la cause noble, pour que le Kahuzi-Biega retrouve sa paix, pour qu’aujourd’hui les gorilles de Grauer se sentent à l’aise."


Deo Kwitonda Ndimubanzi est limité au travail de bureau et aux tâches légères autour du siège. Il a été abattu après avoir affronté des soldats des FARDC en train de braconner dans le parc.

Kwitonda Ndimwibazi Deo (Ecoguard)

"En rentrant (après avoir surpris des groupes armés des FARDC en train de braconner), nous sommes allés les attendre là où ils étaient basés (à leur poste de patrouille). Quand ils sont arrivés et qu’ils nous ont vus, ils ont immédiatement pris leurs armes, et nous, nous avons pensé que comme ce sonte nos militaires il n’y aurait pas de problème. Nous avons aussitôt commencé à les mettre en ligne pour les arrêter, chaque éco-garde se trouvait alors entre deux soldats des FARDC. Ils ont dit qu’ils allaient nous arrêter, et quand ils m’ont vu arriver, l’un d’eux est sorti du rang et s’est approché en pointant son arme vers moi. J’ai cru que c’était une blague, il était à seulement dix mètres de moi, mais il a tiré, et quand j’ai regardé, la balle était déjà dans mon bras. Mon arme est tombée par terre et j’ai hurlé. Mes collègues ont fait feu sur lui, dans l’espoir de l’arrêter, mais il s’est enfui. Il a finalement été arrêté dans son village un peu plus tard. L’État l’a arrêté, mais lorsque je suis sorti de l’hôpital, je l’ai vu – il avait déjà été relâché. J’ai été blessé, mon sang a coulé, mais jusqu’à maintenant je n’ai jamais reçu de dédommagement. Voilà comment j’ai été blessé, (mon? see video) chef."


Deo Kwitonda Ndimubanzi se tient devant le monument de parrainage ébréché et fracturé du parc.

Aime Kika Kalebi, veuve d’un éco-garde, tient dans ses bras sa fille dont elle était enceinte lorsque son mari a été tué lors de la desserte du parc.

Kika Kalebi Aime (Mother, Widow of Ecoguard)

"Mon mari est mort le 1er août 2019.

Je n’ai pas pu voir le corps de mon mari. On m’a tenue à l’écart de son corps, car il était en trop mauvais état. Il avait été mutilé, ils m’ont dit que si je le voyais, ça me rendrait malade. Je ne l’ai jamais revu.

Quand mon mari est mort, j’étais enceinte d’un mois et nous avions déjà un bébé de 8 mois."

Bulangalire Munganga Gédéon (Ecoguard)

"On pouvait réfléchir. Si on tenait compte de sa famille, on ne serait pas vraiment félicité parce que vous trouverez une femme que vous avez abandonné plus de 4 mois, 5 mois. Mais est-ce que cette femme est vraiment heureuse ? Du fait qu’elle ne vous voit pas à la maison. Est-ce que ces enfants sont heureux ? Du fait qu’ils ne sont pas avec leur père, lorsqu’il va en guerre ? Est-ce que cette famille vraiment a la chance de pouvoir retrouver leur parent du retour ? Et souvent elle peut vous dire de laisser. Lorsque vous avez les difficultés, vous n’êtes pas à la hauteur de supporter la famille, lorsque vous passez des mois sans pouvoir avoir quelques sous à payer, lorsqu’ils n’ont pas mangé. Ils peuvent vous dire d’aller autre par, d’être commerçant, pour trouver de l’argent. Mais comme vous voulez être toujours quelqu’un qui protège…  Vous voyez que vous aurez des idées qui sont vraiment contradictoires."

Narrator

Le parc est constitué de blocs forestiers de basse et de haute altitude. Le couloir reliant ces deux blocs est resté inaccessible pendant des décennies, à cause de l’insécurité.


Une vue du couloir, qui jusqu’à récemment était dangereux en raison des milices rebelles, qui braconnaient et coupaient des arbres en plus d’autres activités illégales.

DeDieu Bya’ombe, chef de site de KBNP, au siège de Tshivanga.

DeDieu Bya’ombe (Site director)

"Ici nous sommes justement dans le couloir écologique du Parc National de Kahuzi-Biega. Un endroit longtemps occupé par les fermiers, et par des groupes armés ou des inciviques, aujourd’hui libéré. 

Le couloir écologique est d’une très grande importance, puisque longtemps que c’est le couloir comme on dit qui relie la haute altitude a la basse altitude, c’est le couloir de transition, ou de migration des espèces de la haute altitude a basse altitude. 

Ce n’était pas seulement les fermiers et les groupes armées, mais il y avait aussi cette question de compréhension ou d’une cohabitation pacifique, qui fallait essayer d’analyser, puisque étant aussi sociologue, je me suis dit, il fallait avant contacter la communauté, essayer de leur montrer l’importance du parc, et pourquoi nous voulons que ce parc soit vraiment surveillé dans sa totalité. 

On a compris qu’il y a eu des négociations avant moi, il y a eu des ateliers de haut niveau, mais qui n’ont pas donne une solution. Donc il fallait associer les deux. La pression, avec les armes, et la négociation, ou le dialogue. Et j’ai commencé avec la pression, et après on est passe au dialogue. Et aujourd’hui, nous sommes dans la tente, nous collaborons très bien avec tous nos amis."


Hobereau Kitumaini interviewe DeDieu Bya’ombe dans le studio Gorilla FM. La station de radio du parc est un outil pour sensibiliser les communautés locales à la conservation.

Chef de poste de patrouille de Tshibati, Kasereka Kioma, dans sa zone. La nette démarcation du parc est visible derrière lui.

Narration

Une des particularités du Parc National de Kahuzi-Biega est la démarcation abrupte entre les forêts du parc et les terres déboisées, publiques et privées, adjacentes. Ce parc n’est pas entouré d’une zone tampon.


Safari Cibikizi Jules et Jean-Baptiste Kadega Mwenza enregistrent une observation.

Safari Cibikizi Jules (Ecoguard)

"Nous voilà déjà à la limite du parc, la plantation de thé est à l’extérieur du parc."

Narration

La population grandissante vivant autour du parc lutte pour trouver les ressources nécessaires à sa survie, en particulier les communautés de pygmées Batwa traditionnellement chasseurs-cueilleurs. Avant la création du parc, des ancêtres des Batwa ont vécu dans les forêts qui constituent le parc aujourd’hui. Certains Batwa réclament le droit de vivre dans le parc eux aussi. Cependant, lors de la création du parc en 1970, seulement 200 Batwa environ vivaient dans l’enceinte du parc, alors qu’à l’heure actuelle, plus de 6000 Batwa vivent sur des terres jouxtant le parc. Seule une minorité d’entre eux constitue la véritable descendance des Batwa qui vivaient autrefois au sein du parc. Qui devrait être autorisé à accéder aux terres et aux ressources à l’intérieur du parc ? Certaines organisations internationales encouragent les communautés Batwa à revendiquer un droit de propriété envers ces ressources. Par ailleurs, des milices locales manipulent les communautés Batwa pour qu’elles prennent les armes et pénètrent dans le parc afin de se livrer à des activités minières artisanales illégales, transformer du bois d’arbre en charbon et braconner les animaux du parc. Les récits réducteurs et les manipulations font passer les communautés pygmées Batwa pour les victimes, et les autorités du parc et les éco-gardes pour les méchants. L’histoire n’est pas aussi simple. Lorsque le parc a été créé en 1970, des terres ont été données par l’État à certaines communautés Batwa, tout ça pour qu’elles soient finalement déboisées puis vendues. 

Lors d’un grave incident en 2018, des membres d’une communauté Batwa sont entrés illégalement dans le parc et ont volé ses arbres, déforestant environ 400 hectares (4 km2) de forêt.

Hernest Baziheraho Bavuriki (Ecoguard)

"Quand on passait ici, les arbres faisaient de l’ombre sur cet espace. C’étaient de très gros arbres. Puis la population locale est venue et a coupé ces arbres pour faire du charbon et pour récupérer du bois. Ils ont pris les arbres pour les brûler ou les vendre,et ont utilisé une partie de ce bois pour leurs constructions."


Personne ne profite des conséquences de la déforestation. Avec seulement un parapluie pour l’ombre, un enfant s’occupe de son frère, en s’appuyant sur les restes d’un arbre qui a été illégalement coupé par son village lors de la déforestation en 2018 d’une section de 4 kilomètres carrés de la zone de haute altitude du parc.

Narration

À des fins de pédagogie et de résolution des conflits, l’ICCN avec l’aide d’une ONG locale, Primate Expertise, a travaillé avec cette même communauté Batwa qui a détruit cette forêt, pour replanter des espèces d’arbres indigènes caractéristiques dans le bloc déboisé.


Une femme revient avec son panier après avoir replanté une zone déboisée dans le parc.

Nsimire M’zakaria, l’épouse du chef du village Batwa de Muyange se tient à côté d’un bâton avec un ruban, marquant la plantation d’un semis. Les semis sont contrôlés périodiquement et ceux (environ 10%) qui ne prennent pas racine, sont replantés.

Nsimire M’zakaria (Muyange Batwa Village Chief’s Wife)

"La raison pour laquelle nous sommes venus planter ces arbres, c’est que nous ne voulons plus de problèmes. Nous devons planter des arbres pour remplacer ceux que nous coupons. Parce que nous ne voulons plus détruire l’environnement. Dans cette zone, nous coupons les arbres parce que les pygmées ont déjà beaucoup souffert. Alors nous sommes entrés dans la forêt et nous avons coupé les arbres pour que le parc sache comment se comporter avec nous. À partir des arbres que nous avons coupés, nous avons fait du charbon de bois et l’avons vendu sur le marché. Certains ont fait du bois de construction, d’autres ont fabriqué du charbon de bois. Nous avons utilisé une partie du charbon et du bois de construction pour nous-mêmes, mais nous en avons aussi vendu une partie pour payer les frais de scolarité."


Des enfants s’appuient contre une hutte de leur village.

Semis dans un panier, attendant d’être plantés.

Les enfants sont assis sur la statue de gorille près du siège du parc, tandis que leurs parents reçoivent des rations pendant la pandémie de COVID-19.

Chinzungu Tavuna (Batwa Pygmy Community Chief, Ecoguard)

"Je suis le premier « conservateur », les pygmées sont les premiers « conservateurs » à agir pour la protection de l’environnement. Je suis un agent de l’état, mais nous sommes les premiers défenseurs de l’environnement. À l’heure actuelle, nous faisons notre possible pour travailler en partenariat avec l’État. Vous savez qu’ici c’est la terre de nos ancêtres, nous devons la protéger telle quelle, tout ce qui vient de cette terre nous aide en tant que communauté. Les problèmes, si nous avons eu des problèmes, c’est à cause du manque de terrain. C’est parce que quand l’État a pris notre terrain, nous avons manqué de moyens pour vivre, manqué de toits, se nourrir était devenu difficile, scolariser nos enfants était devenu difficile, jusqu’à ce que l’État prenne la relève. Mais on continue à lutter avec l’État pour que la communauté pygmée puisse avoir un territoire, qu’elle obtienne ses droits sans problème, sans tension ni destruction."  

Narration

Gédéon décrit les relations compliquées avec une autre communauté Batwa.


Un arbre avec des coupes profondes de 20 mètres à l’intérieur d’une zone bien surveillée du secteur Tshibati du parc.

Bulangalire Munganga Gédéon (Ecoguard)

"Le parc a été menacé par les peuples autochtones pygmées. Au niveau de Tchibati, il y avait eu une groupe des pygmées qui quittaient les villages où ils vivaient et retournait au parc pour faire la carbonisation et sciages des arbres ce qui a occasionné dans le secteur une déforestation. Nous avons essayé de militer pour mettre fin à ces actes la. J’étais chef de PP a Tshibati, un certain dimanche à 5h du matin ces rebelles, les (Raiya) Motomboki, ils etaient coalises avec les pygmées, et ils sont venus au PP pour nous attaquer, on a essayer de défendre mais j’avais éte atteint par trois coups de balles. Ils etaient nombreux bien sur. On n’a pas été d’etat de les anéantir et ils ont réussi à kidnapper un de l’équipe pour l’apporter dans la forêt où il a fait un mois de souffrance et ils exigeaient meme de l’argent pour pouvoir le libérer. Et moi j’ai fait à l’hôpital général plus d’un mois. Vraiment là, on a fait ce qu’on pouvait faire avec la technologie, je me suis encore retrouvé en vie." 


Les cicatrices de blessures par balle sont le résultat de la rencontre de Gedeon avec un groupe armé, qui s’est entendu avec un groupe de Batwa pour tenter de déboiser une partie du secteur Tshibati du parc en janvier 2020.

Narration

L’ICCN tente d’atténuer le conflit de plusieurs façons, notamment en distribuant des denrées alimentaires de base, des haricots, du riz et du sel, et en apportant un soutien dans de multiples domaines, nutritionnel, médical et éducatif, avec l’aide d’organisations locales et internationales. 


Les femmes Batwa attendent d’entendre leur nom pour collecter les rations COVID-19 distribuées par Primate Expertise et l’ICCN.

Muhindo Mbale applaudit pour signaler son approche à un groupe de gorilles non habitués.

Narration

L’ICCN propose également des emplois dans le parc en tant qu’éco-gardes aux membres des communautés pygmées, dont certains sont particulièrement compétents en forêt.


Bakongo Lushombo Antoine.

Bakongo Lushombo Antoine (Ecoguard)

"J’étais braconnier, je piégeais des animaux. C’est cette expérience qui m’a permis d’obtenir ce travail.

Oui, il y a des choses qui peuvent être dures pour moi, parce que dans ce boulot, si je tombe sur quelqu’un qui est en train de détruire le parc, je dois l’arrêter."


Les éco-gardes travaillent dans un bel environnement. Mais aussi pittoresque soit-il, cet environnement n’est pas toujours sûr.

Narration

Une exposition constante au danger peut avoir des répercussions psychologiques. Il y a deux ans, un projet pilote a été lancé dans le Parc National de Kahuzi-Biega, le premier de ce type dans le pays. Le projet, initié par l’ONG espagnole COOPERA, propose une thérapie aux éco-gardes qui ne sont pas parvenus à surmonter les traumatismes subis alors qu’ils protégeaient le parc.


Les séances de thérapie donnent aux éco-gardes l’occasion de parler et, avec espoir, de trouver un soulagement des difficultés de leur travail et de leur vie.

Safari Cibikizi Jules (Ecoguard)

"C’est quelque chose qui m’a soulagé. C’est quelque chose qui m’a aidé. Parce qu’il y avait toujours la perte du sommeille, je n’ai pas dormi, il y avait beaucoup de choses dans la tete. Et peut-etre c’etait a cause de ça que le sommeil disparait. Mais avec le counseling, vraiment c’est quelque chose qui nous avons soulagé, particulièrement moi, ça m’a aidé." 


Le nouveau centre de thérapie Mutima construit par COOPERA. La population locale et les éco-gardes peuvent recevoir un soutien psychologique ici à Lwiro.

Narration

Mais pour certains, il se peut que l’aide arrive trop tard étant donné le traumatisme qu’ils ont subi.

Fikiri Lukisa Franck (Ecoguard, Armory Responsible)

"C’est un service qui a été créé, mais jusqu’à maintenant, moi, personnellement, je n’ai toujours pas compris à quoi il sert, j’ai juste eu l’information par deux collègues qui y sont allés et qui ont suivi le traitement, mais je n’ai pas vu de changement."


“Les éco-gardes reçoivent les armes, se mettent au travail, puis les rendent. C’est mon travail de garder une trace. Et les balles, je dois savoir avec combien les écogardes sont partis, combien ils en ont utilisé, et combien ils reviennent avec.”

Fikiri Lukisa Franck (Ecoguard, Armory Responsible)

"Je suis devenu un éco-garde, c’est parce que la vie je menais au sein des FARDC, j’ai vu que c’était une vie rude, et j’ai pensé que là peut-être, comme il y a des partenaires qui apportent leur soutien au parc, j’ai pensé que j’aurai une vie meilleure. Et que ma vie serait heureuse. Ma famille aussi a vu que ça valait la peine que je sois éco-garde."


Fikiri Lukisa Franck: « Nous avons un système de savoir le mouvement journalier de l’arme, l’arme sera utilisée de quelle manière dans toute la journée, prendre et aller faire le travail et retourne l’arme c’est mon travail. Donc c’est un travail qui est mis à ma disposition pour savoir l’arme va faire quoi pour toute la journée , le bon ou le mal qui se fera toute la journée , je suis sensé de le savoir et je fais le rapport à ma haute hiérarchie en disant telle arme ou telle autre arme  a travaillé comme ça toute la journée et elle est retourné sans aucun problème. »

Une équipe d’intervention rapide se déplace rapidement à travers la forêt à travers la base du mont Kahuzi.

Narration

Une solution pour changer la perception qu’ont les éco-gardes des traumatismes qu’ils subissent sera un programme de renforcement de la résilience étudié et planifié par l’ONG COOPERA. Le programme, appelé Strong Balanced Rangers, est adapté de la formation Master Resilience Training créée pour et largement utilisée par l’armée américaine. L’objectif est d’enseigner des compétences de renforcement de la résilience pour la prévention de troubles tels que l’anxiété, la dépression et le stress post-traumatique, qui peuvent survenir en raison de l’exposition à des situations violentes et hautement traumatisantes.


Membres de l’équipe d’intervention rapide, Obidi Kabene, Seraphin Kahukula et Placid Mulangaliro Kulie, à la base du mont Kahuzi.

Benjamin Buikwabo Nuirani réfléchit, après avoir vérifié son téléphone pour constater qu’il n’a plus été payé – pour le 4e mois consécutif, et après un écart de 10 mois précédent.

Narration

En toile de fond des difficultés et des défis liés à leur travail, les éco-gardes doivent faire face à des difficultés financières en raison de leurs salaires peu élevés. En 2008, les choses se sont considérablement améliorées lorsque la Banque Allemande de Développement, KfW, a commencé à financer les efforts de protection du Parc National de Kahuzi-Biega. La KfW contribue de manière significative au paiement des salaires perçus par les éco-gardes. Mais en 2018, les médias d’information internationaux ont qualifié le travail des éco-gardes de “conservation militarisée”. Des personnes s’en sont préoccupées en Europe, alors qu’elles n’avaient sûrement pas compris le contexte de la région, et elles ont exigé que le financement cesse. Les éco-gardes ont continué à travailler et à faire face aux risques quotidiennement, sans être payés pendant 10 mois à compter de mars 2020, puis de nouveau pendant 5 mois à partir de février 2021.


Un écogarde installe et vérifie son appareil GPS au siège de Tshivanga avant de partir en patrouille. 2100 mètres est l’altitude la plus basse qu’il verra aujourd’hui.

Dydass Bahati Bishishe (Anti-poaching Operations & Human Rights Inspector)

"Loin de moi l’idée de minimiser le travail, car nous avons accompli beaucoup de travail avec l’argent que la coopération allemande KfW a envoyé à Kahuzi-Biega pendant des années. Mais si ce fut le chaos, c’était à cause de ça. À un moment, les éco-grades avaient des doutes, ils ne savaient pas s’ils seraient payés ou pas. C’est de ça qu’est né le chaos, mais la cause en était l’argent que les partenaires n’avaient pas envoyé à temps, et il y avait beaucoup de mois, à peu près 10 mois d’impayés, c’est ce qui a causé le chaos parmi les gardes.

Tout d’abord le travail que nous faisons est un travail qui est paramilitaire, dans un travail paramilitaire il n’y a ni syndicat ni quoi que ce soit."

Mathieu NfuneBachiga Yalire (Ecoguard)

"Nous avons toujours en peu de retard pour toucher l’argent. Et puis, on a les difficultés pour l’équipement pour le travail, comme les jackets, boots et les bottines."


Bijirikwabo Njirani Benjamin en patrouille de biosurveillance.

Bijirikwabo Njirani Benjamin (Ecoguard)

"J’ai une femme à la maison et elle cultive, c’est ce qui m’aide à tenir. Ma femme a un champ de légumes, de choux et d’haricots, et elle a un petit commerce, avec ça elle assure la survie de la famille jusqu’à ce que je sois payé."


Bijoux Bamwish au coucher du soleil après une séance d’entraînement. Les femmes écogardes sont moins nombreuses que les hommes. L’enrôlement de jeunes écogardes engagés est nécessaire pour l’avenir du parc.

Fiston Masudi Mitima au crépuscule après une séance d’entraînement. L’enrôlement de jeunes écogardes engagés est nécessaire pour l’avenir du parc.

Narration

Pourquoi quelqu’un choisirait-il de devenir un éco-garde ? C’est une question opportune, car le nombre de jeunes gardes s’engageant dans le Parc National de Kahuzi-Biega a considérablement diminué. On pourrait facilement croire que dans cette région, n’importe quel travail fera l’affaire. Mais apparemment, ce n’est pas tout.


Le mont Kahuzi, l’un des volcans éteints qui a donné son nom au parc, vu au coucher du soleil de l’autre côté du lac Kivu. Les grandes forêts tropicales continues, comme le parc, ont un impact énorme sur le climat local, régional et mondial.

Bulangalire Munganga Gédéon (Ecoguard)

"Nous sommes en train de voir beaucoup de catastrophes naturelles, des éboulements de terre, nous voyons aujourd’hui avec le lac Tanganyika qui est en train de déborder. Des phénomenes naturelles qui sont en train de se présenter. Si on continue à couper les arbres, comment ça va être ?

Les Eco gardes sont en train de faire des choses qui met en valeur le monde entier.

Je dirais que c’est un métier de vocation. Parce que c’est un travail qui est stressant. Vous quittez la maison sans l’idée d’avoir l’arme et sans avoir l’idée du comportement d’un militaire. Vous êtes formé et après la formation on vous donne l’arme. On vous met en tête que votre mission c’est de lutter, de combattre jusqu’au sacrifice suprême, pour la dignité de la forêt. Vous êtes en patrouille de 20 jours, de 15 jours et vous marcher chaque jour plusieurs kilomètres. Vous arrivez quelque part où vous allez camper aux environs de 20h ou 19h, vous camper sans même regarder ou est vous allez passer la nuit, et vous allez commencer a vous installer, à préparer ce que vous allez manger, et c’est que vous allez manger c’est vous qui les transportait. Vous voyez que c’est difficile, meme votre arme, le métier est trop dur. Mais si vous n’avez pas la vocation vous n’irez nulle part, si vous n’avez pas le respect , la moral , vous n’irez nulle part. Lorse que vous passez beaucoup de temps sans etre paye. Est-ce que vous allez supporter 10 mois, 5 mois ? C’est risquant, et on est expose au danger, mais avec cet esprit là de militer pour le parc, vous accepter de mourir et de courir des risques.

Si je ne préserve pas cette forêt, je ne vois pas comment sera le monde de demain, que sera la RDC."


Les éco-gardes protègent à la fois la forêt et la faune. Le chef de poste de patrouille de Tshibati, Kasereka Kioma, s’appuie sur un arbre juste à l’intérieur du parc alors qu’il regarde un arbre avec de profondes coupures de hache.